Page:Saint-Just - Œuvres complètes, éd. Vellay, I, 1908.djvu/381

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devant la volonté des nations, et les contrats particuliers changent avec le Contrat social ; s’il est abrogé par le souverain, celui qui représente à tout un peuple les lois qui ne sont plus, comme si la raison pouvait se prescrire, mérite l’exil, celui qui s’arme contre la volonté suprême du souverain, c’est-à-dire de tous, mérite la mort.

Telle est la réformation française. J’ai moins voulu prouver que la France était libre que je n’ai voulu démontrer qu’elle pouvait l’être, car tous les jours le corps le plus robuste perd sa vigueur par un vice imprévu. Le gouvernement est à la Constitution ce que le sang est au corps humain ; tous deux entretiennent le mouvement et la vie. C’est là que la nature et la raison trouvent l’inévitable résultat de leurs principes. Où le sang est affaibli, le corps a le feu de l’altération ou le froid de la mort ; où le corps politique est mal gouverné, tout se remplit de licence ou tombe dans l’esclavage.

La liberté des Français peut longtemps être soutenue par la tranquillité et le repos, mais si elle était agitée tout à coup par le crédit d’un homme puissant, tout tournerait à son gré ; ce serait le retour d’Alcibiade.

L’égalité dépend beaucoup des impôts ; s’ils forcent le riche indolent à quitter sa table oiseuse et à courir les mers, à former des ateliers, il perdra beaucoup de ses manières. La vie active durcit les mœurs, qui ne sont altières que quand elles sont molles. Les hommes qui travaillent se respectent.

La justice sera simple, quand les lois civiles, dégagées des subtilités féoda­les, bénéficiaires et coutumières, ne rappelleront plus que la bonne foi parmi les hommes ; quand l’esprit public tourné vers la raison laissera les tribunaux déserts.

Quand tous les hommes seront libres, ils seront égaux ; quand ils seront égaux, ils seront justes. Ce qui est honnête se suit de soi-même.