Page:Saint-Just - Œuvres complètes, éd. Vellay, I, 1908.djvu/429

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prince eût respecté ses droits et l’eût gouverné avec probité. On créait des séditions pour armer la loi, pour accuser le peuple et autoriser la cruauté.

Mais on présente tout sous de favorables apparences. Louis se justifie d’un forfait, sous prétexte qu’il est un trait d’humanité ; on emploie jusqu’à l’amphibologie dans les mots : les 600.000 livres n’ont pas été remises par les ordres du roi, mais par les ordres de Monsieur… Mais où donc Louis l’a-t-il appris, et quel rapport constitutionnel entre lui et Monsieur ] quelle comptabilité y avait-il entre Monsieur et lui ?

On abuse de tout, on a même parlé de factieux pour accuser l’insurrection.

Le peuple ne se soulève pas plutôt, si le prince est juste, que la mer si l’air est calme. Le peuple pouvait-il être heureux et sans inquiétude, lorsque l’on combattait ses droits, lorsqu’on entravait la marche de l’ordre public ? La cour était remplie d’hommes fourbes et déliés : on ne vit point un seul honnête homme à la cour : les gens d’esprit y étaient en faveur, les hommes de mérite y étaient craints.

Le peuple, le 20 juin dernier, demandait la sanction d’une loi à laquelle était attaché son repos. Quel est donc le gouvernement libre où, par l’abus des lois, le crime est inviolable, la tyrannie sacrée, où la loi n’est qu’un piège qui protège la force contre le peuple, et ne sert qu’à l’impunité du fort contre le faible ?

Comment le peuple eut-il été tranquille au milieu des périls qui le pressaient de toutes parts ? Il est facile de déguiser l’intelligence imputée à Louis avec l’empereur et le roi de Prusse dans le traité de Pilnitz ; la justice n’a point matériellement prise sur la dissimulation des grands crimes de couvrir les troubles d’Avignon, la révolte de Jalès, du voile de la nécessité qu’entraîne une grande révolution ; mais qu’on juge par la morale du roi, par ses vues, consignées dans ses papiers, par son goût pour les projets de contre-révolution qu’on osait lui présenter ; on ne voit pas le crime, mais on en est frappé. Il est