Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/116

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pour s’en aller, lesquelles, après quelque peu de discours entre elles, se séparèrent et contèrent le fait chacune à ses amies, Mme de Maintenon à ses favorites, Mme la duchesse de Bourgogne à ses dames et à la duchesse de Duras, en sorte que la chose se répandit bientôt à l’oreille et courut après partout. On crut que cela étoit fini ; mais sitôt que le roi eut passé, le même jour, de son souper dans son cabinet, la vesperie recommença encore avec plus d’aigreur, tellement que Mme la Duchesse, craignant enfin pis, conta tout en sortant à Mme de Bouzols pour qu’elle en avertît Torcy, son frère, et que sa femme prit bien garde à elle. Mais la surprise fut, extrême quand le lendemain, au sortir du dîner, le roi ne put, chez Mme de Maintenon, parler d’autre chose, et encore sans aucun adoucissement dans les termes ; si bien que, pour l’apaiser un peu, Mme la Duchesse lui dit qu’elle avoit averti Mme de Bouzols, n’osant le dire à Mme de Torcy elle-même ; sur quoi le roi, comme soulagé, se hâta de lui répondre qu’elle lui avoit fait grand plaisir, parce que cela lui épargnoit la peine de bien laver la tête à Torcy, qu’il avoit résolu de le faire plutôt que sa femme manquât de recevoir ce qu’elle méritoit. Il ne laissa pas de poursuivre encore les mêmes propos et de même façon jusqu’à ce qu’il repassât chez lui.

Torcy et sa femme, outrés, furent quelques jours à ne paroître presque point. Ils firent l’un et l’autre de grandes excuses et force compliments à la duchesse de Duras, qui elle-même étoit, surtout devant le roi, fort embarrassée, lequel quatre jours durant ne cessa de parler toujours sur ce même ton dans ses particuliers. Torcy, craignant une sortie, écrivit une lettre au roi de plainte et de douleur respectueuse d’une tempête dont la source n’étoit qu’un hasard qu’il n’avoit pas tenu à sa femme de corriger, mais à la duchesse de Duras, qui poliment, quoi qu’elle eût pu faire, n’avoit pas voulu prendre sa place. Toutes sortes d’aveux de ce qui étoit dû, et dont sa femme n’avoit jamais