Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/138

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furent si fidèles, que tous les pères de sa femme, depuis le puîné du connétable, ayant eu pour nom de baptême Guy, tous les Laval-Montfort, à cet exemple des Laval-Montmorency, prirent tous le nom de baptême de Guy, jusqu’à changer le leur quand de cadets ils devinrent aînés, et prirent le nom de Guy en même temps que celui de comtes de Laval. C’est cette maison de Montfort, en Bretagne, qui a fait la troisième maison de Laval. Avant ce mariage, elle portoit d’argent à la croix de gueules, givrée [1] d’or. Il ne faut pas la confondre avec les Montfort-l’Amaury de la croisade des Albigeois, qui étoient bâtards de France. Ceux-ci étoient originaires de Bretagne, où on ne voit pas même qu’ils aient figuré avant cette riche alliance ; mais depuis, bien que fort inférieurs en tout à la maison de Montmorency, ils l’égalèrent bientôt en biens et en établissements, et la surpassèrent de beaucoup en rang et en alliances, et figurèrent très grandement jusqu’à leur extinction. Cette grandeur des Montfort a continuellement été prise par les gens peu instruits, qui font la multitude, pour des grandeurs des Laval-Montmorency, dont, pendant la régence de M. le duc d’Orléans, le comte de Laval, qui fut mis à la Bastille, chercha à s’avantager avec aussi peu de bonne foi que de succès.

Trois générations de ces Laval-Montfort, depuis ce mariage de l’héritière ; la première fut de trois frères ; l’aîné épousa Isabelle, fille de Jean VI, duc de Bretagne, et de Jeanne de France, fille et sœur de Charles VI et Charles VII. Les ducs de Bretagne, François Ier et Pierre II, étoient les frères de cette comtesse de Laval. Laval fut érigé en comté pour son mari ; les Montmorency ne l’avoient eu que baronnie. Le maréchal de Lohéac et le seigneur de Châtillon furent ses frères. Le dernier eut successivement les gouvernements de Dauphiné, Gennes, Paris, Champagne et Brie,

  1. Givré, en terme de blason, signifie portant un serpent dans ses armes.