Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/143

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


France, mais, parmi la joie des avantages si immenses que ses frères étoient sur le point d’obtenir pour eux et pour leur, maison, elle ne laissoit pas d’être peinée de voir son mari demeuré en arrière, et ne pas devenir prince comme eux. Elle se jeta, faute de mieux, sur la prétention de Naples, qu’il se peut dire qu’elle enfanta, parce qu’aucun des Laval-Montfort n’y avoit jamais pensé, ni leur héritière, ni sa fille, d’où elle étoit tombée, comme on l’a vu, à la grand’mère de son mari, dont la maison n’y avoit jamais songé non plus jusqu’à elle. Elle fit faire des écrits sur cette chimère, et s’appuya de la naissance de sa belle-fille et des services que la landgrave, sa mère, dont l’importance et la fidélité devoient toucher, et qui ne mourut qu’en août 1651 après l’échange, et mit son espérance dans le crédit où étoient ses frères, qui, dans l’opinion où étoit le cardinal Mazarin que son salut, dans la situation où il étoit alors, se trouvoit attaché à leur réconciliation sincère et entière avec lui, étoient en effet à même de toutes les conditions qu’ils lui voudroient prescrire. Elle étoit bien informée ; les choses en étoient là en effet, mais elle se trompa sur ses frères, dont l’amitié ne put surmonter l’orgueil.

Ce même orgueil qui, depuis le mariage de l’héritière de Sedan par la protection d’Henri IV, n’avoit cessé de bouleverser la France par le père et par les deux fils contre Henri IV, leur bienfaiteur, contre Louis XIII et contre Louis XIV jusqu’alors, ne leur permit pas de communiquer à leur beau-frère le principal fruit qu’ils en alloient tirer, mais il exigea d’eux de faire parade de leur puissance jusque hors de leur maison, en procurant des avantages au duc de La Trémoille qui n’égalassent pas les leurs. Ils ne voulurent donc pas que, comme eux, il devînt prince, mais ils exigèrent qu’il auroit des distinctions. Ils firent valoir combien il seroit dur de laisser debout la fille de la landgrave de Hesse et la sœur de l’électrice palatine ; de là ils obtinrent non seulement qu’elle seroit assise mais que tous les fils aînés