Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/191

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temps, on se proposa une autre entreprise de cadence et de suite à celle-ci.

On crut pouvoir profiter du désespoir dans lequel les traitements des Impériaux avoient jeté les Pays-Bas espagnols, tombés entre leurs mains après la bataille de Ramillies, et les faire révolter dans le temps que l’affaire d’Écosse étourdiroit les alliés, les priveroit de tout secours d’Angleterre, et les engageroit peut-être à y en envoyer. Bergheyck, dont j’ai eu assez souvent occasion de parler pour n’avoir plus à le faire connoître, fut mandé comme l’homme le plus instruit de l’état de ces pays, par les amis et les intelligences qu’il y avoit toujours conservés, et dont la capacité, le grand sens et la connoissance des personnes et des lieux seroient les plus capables d’éclairer, tant pour la résolution à prendre que pour la manière d’exécuter. Il arriva donc chez Chamillart. Ce ministre, séduit dans tous les commencements par ceux dont il se servoit à Bruxelles, qui pour conserver et accroître leur autorité voulurent ruiner celle de Bergheyck, avoit conçu des soupçons auxquels il donna trop d’essor. Boufflers, qui commandoit alors à Bruxelles et dans tous les Pays-Bas françois et même espagnols, par son union avec le marquis de Bedmar, suivit de près Bergheyck, et à force de s’en informer et de l’éclairer il reconnut qu’il n’y avoit point d’homme plus capable, plus fidèle, plus désintéressé. Sa conduite avec nos généraux, nos officiers, nos intendants confirma si pleinement le témoignage que Boufflers ne cessa d’en rendre, que Chamillart, n’osant plus attaquer son autorité, entra enfin en concert avec lui de toutes choses, et s’en trouva si excellemment bien qu’il lui donna toute sa confiance, et devint pour toujours son ami particulier. On confia donc à Bergheyck le projet résolu d’Écosse, et on lui proposa celui des Pays-Bas ; il ne le jugea pas impossible. L’embarras étoit que les Espagnols étoient les moins forts dans toutes les places. Mais Bergheyck, après y avoir bien pensé, crut pouvoir pratiquer si bien