Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/242

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


place, il se fit expliquer à voix basse de quoi il s’agissoit. La réponse du héros fut courte. Il leur dit tout haut qu’il seroit sur la frontière presque aussitôt que Bergheyck à Mons ; que, sur les lieux, il travailleroit avec plus de justesse, et, avec une demi-révérence et une pirouette, il alla rejoindre sa compagnie, qui s’étoit tenue éloignée par discrétion. Leur surprise à tous trois fut sans pareille. Quoiqu’ils le connussent bien, ils demeurèrent quelques moments immobiles d’un mépris si audacieux et si public pour des affaires de cette première importance, et pour des gens comme eux envoyés exprès par le roi pour en conférer avec lui et en rapporter au roi le résultat le jour même. Le roi, fort surpris de les voir sitôt de retour, leur en demanda la cause. Ils se regardèrent. Enfin Puységur, plus hardi, raconta le succès du voyage. Le roi ne put se contenir de laisser échapper un geste qui fit connoître ce qu’il pensoit, mais ce fut tout, et, après un moment de silence, il les envoya travailler et dîner chez Chamillart, pour montrer après ses jardins à Bergheyck. La journée se passa comme je l’ai dit d’abord, et le lendemain, 7 mai, Bergheyck, dès le matin, repartit pour Mons. Ce trait de Vendôme fit grand bruit. Enté si frais sur ce qui venoit de se passer du maréchal de Matignon, il en redoubla le vacarme, et à moi l’intime persuasion de tout ce que j’avois prédit à M. de Beauvilliers. L’audace de Vendôme à l’égard du roi même et de ses affaires les plus importantes, et la faiblesse du roi à un trait si public et si marqué, me devinrent des garants sûrs de tout ce que j’avois prévu. Je laissai à Puységur les réflexions à faire faire là-dessus au duc de Beauvilliers. Je n’en voulus même suggérer aucune au premier, et je ne parlai pas même de Clichy à M. de Beauvilliers ni à M. de Chevreuse. Il n’étoit plus temps de rien. M. de Vendôme partit de Clichy pour la Flandre le lundi 7 mai, comme il l’avoit résolu.

Je ne veux pas omettre une bagatelle dont je fus témoin