Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/278

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sur le combien de la dot. Ils voulurent encore exiger des conditions plus fortes ; il se fit plusieurs négociations là-dessus. Le chancelier, ami de Mme de Roquelaure, et le duc d’Aumont, à la prière du prince de Léon, s’étoient mêlés du mariage la première fois. La même raison les y fit entrer la seconde, mais à bout avec des gens incapables d’aucune considération, la combustion entre les deux maisons devenoit inévitable, si le roi, à la prière de Mme de Soubise, n’eût fait ce qu’il n’avoit fait de sa vie. Il entra lui-même dans tous les détails particuliers ; il pria, puis commanda en maître. Il manda à diverses fois le duc et la duchesse de Rohan qui n’y vouloient point aller, leur parla tantôt séparément dans son cabinet, tantôt ensemble et longtemps avec une grande bonté, quoiqu’il ne les aimât guère, et une grande patience ; et finalement leur donna le duc d’Aumont et le chancelier, non plus pour arbitres, mais pour juges des conditions du mariage qu’il leur déclara vouloir absolument être fait et célébré avant qu’il allât à Fontainebleau.

Sur le compte que le chancelier et le duc d’Aumont rendirent que le duc et surtout la duchesse de Rohan ne vouloient demeurer d’accord en rien, ni finir, le roi envoya chercher Mme de Rohan, et lui déclara, après tout ce qu’il put d’honnête, que les choses n’en étoient pas venues où elles en étoient pour en demeurer là, et qu’il en eût le démenti ; et que, si elle et son mari ne consentoient, il sauroit bien achever validement le mariage sans feux par son autorité souveraine, dans une conjoncture de cette qualité. Il permit ensuite au prince de Léon de le venir remercier, et lui demander pardon de toutes ses fautes ; et finalement après tant de bruit, d’angoissés et de peines, le contrat fut signé par les deux familles assemblées chez la duchesse de Roquelaure, mais fort tristement. Les bans furent publiés, et avec la permission du cardinal de Noailles, qui ne se donne guère, les deux familles se rendirent à l’église du couvent de la Croix, où Mlle de Roquelaure étoit gardée à