Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/323

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


furent témoins de ces lectures dont le roi ne dit presque rien, parce qu’à Fontainebleau, où il n’y a qu’un cabinet, elles sont toutes dans le même. Mme la duchesse de Bourgogne eut une lettre de Mgr le duc de Bourgogne et une petite de M. le duc de Berry, qui lui mandoit que M. de Vendôme étoit bien malheureux, et que toute l’armée lui tomboit sur le corps. Dès que Mme la duchesse de Bourgogne fut retournée chez elle, elle ne put se contenir de dire que Mgr le duc de Bourgogne avoit de bien sottes gens auprès de lui. Elle n’en dit pas davantage.

Biron, relâché pour quelque temps sur sa parole à condition de ne passer point par notre armée, arriva à Fontainebleau le 25 juillet. Sa sagesse lui fut un bouclier utile à l’indiscrétion et à l’impétuosité des questions. Le roi le vit plusieurs fois en particulier chez Mme de Maintenon, où Chamillart ne fut pas toujours, et le roi lui promit le secret, à quoi il étoit fort fidèle. Mais Biron, encore plus politique, ne lui mentit point, mais se sauva tant qu’il put de répondre sur le détachement qu’il avoit avant l’action, et sur sa prise, qui lui faisoient ignorer beaucoup de choses. Il étoit fort de mes amis et je le vis tout à mon aise. Il m’instruisit beaucoup. Outre ce qu’il me conta de l’armée et du combat, j’appris de lui deux faits qui méritent de trouver place ici.

L’armée du prince Eugène n’avoit pas joint lors du combat, mais sa personne y étoit et il commandoit partout où il se trouvoit par courtoisie de Marlborough, qui conservoit l’autorité entière, mais qui n’avoit pas la même estime, la confiance, l’affection qu’Eugène s’étoit acquise. Biron me dit que le lendemain du combat, étant à dîner avec beaucoup d’officiers chez Marlborough, ce duc lui demanda tout à coup des nouvelles du prince de Galles, qu’on savoit être dans notre armée, ajoutant des excuses de le nommer ainsi. Biron sourit dans sa surprise, et lui dit qu’ils n’auroient point de difficulté là-dessus, parce que, dans notre armée même, il ne portoit point d’autre nom que celui de chevalier