Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/73

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Bnin Opalinska, mère du roi Stanislas, père de la reine épouse de Louis XV.

M. de Béthune demeura toujours en Pologne jusqu’en 1691, où il étoit extrêmement aimé et considéré, et y acquit beaucoup de réputation. Il en partit cette année-là pour aller ambassadeur extraordinaire en Suède, et il y mourut l’année suivante, 1692. C’étoit un homme d’esprit avec beaucoup d’agréments, fait pour la société, et fort capable d’affaires. Il avoit conclu et signé avec l’électeur palatin le contrat de mariage de Monsieur et de Madame. Il avoit aussi servi, été gouverneur de Clèves, et commandé en chef en ce pays-là. Il vivoit fort magnifiquement ; sa manie étoit de se mettre entre deux draps à quelque heure qu’il voulût faire dépêches, et ne se relevoit point qu’elles ne fussent achevées. Ses deux fils refusèrent avec une folle opiniâtreté le cardinalat à la nomination du roi de Pologne. Ils vinrent dans la suite mourir de faim en France. L’aîné fut tué sans alliance à la bataille d’Hochstedt, et l’autre a vécu obscur toute sa vie. Il épousa une sœur du duc d’Harcourt dont il n’est resté qu’une fille, qui, veuve fort jeune sans enfants d’un frère du maréchal de Médavy, s’est remariée au maréchal, de Belle-Ile. Son père s’est remarié à une sœur du duc de Tresmes ; se sont séparés fort brouillés, et il est allé vivre à Lunéville, où le roi Stanislas l’a fait son grand chambellan [1]. Mme de Béthune est morte à Paris en 1728 à quatre-vingt-neuf ou dix ans. Elle avoit un seul frère, qui a passé sa vie en Pologne où il obtint l’indigénat de la république ; c’est-à-dire être naturalisé et rendu capable de toutes charges comme un Polonois. Il fut capitaine des gardes du roi son beau-frère, colonel de son régiment de dragons, et staroste [2] d’Hiedreseek, Il est mort sans alliance et sans avoir répondu au personnage qu’il pouvoit faire [3].

  1. Passage supprimé dans les précédentes éditions depuis Il épousa.
  2. On appelait starostes en Pologne les gouverneurs des villes et des châteaux. Leur dignité se nommait starostie, aussi bien que le pays soumis à leur autorité.
  3. Passage supprimé dans les précédentes éditions depuis Elle avait.