Page:Sainte-Beuve - Poésies 1863.djvu/238

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


X

SONNET


Attendre, attendre encor ! voir pâlir les beaux jours
Et l’automne, en fuyant, attrister la lumière ;
Des feuilles, sur mon front, voir trembler la dernière,
Et n’oser te rejoindre, ô mes chères amours !

Au lit, dans cette chambre où mes ennuis sont lourds
(Chambrette qui nous fut pourtant hospitalière),
Me bercer d’un volume écrit sous La Vallière
En ce style enchanteur des loisirs et des Cours !

Et la pluie, en lisant, que j’entends sur la cendre,…
Et mon double rideau qui laisse trop descendre
Un matin sans sourire, insipide lueur ;…

Oh ! oui, c’est là ma vie, amoureuse et stagnante,
Calme sous son brouillard, et si peu rayonnante :
Absence de plaisir sur un fond de bonheur !



XI

SONNET


Par un ciel étoilé, sur ce beau pont des Arts[1],
Revenant tard et seul de la cité qui gronde,

  1. Ce joli pont, quand on en parlait ainsi, n’était pas encore tombé en roture et en délabrement.