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APPENDICE.

que les dépositaires vouloient mettre entre les mains de M. de Saint-Paul pour faire connoitre un plus grand désintéressement de leur procédé.
« On exécuta la chose dans le même instant, et ce curé reçut les papiers. La veuve mandée chez lui se fît devancer par madame du Plessis qui vint prier M. Singlin de lui parler le plus doucement qu’il pourroit, parce qu’elle disoit être plus morte que vive ; mais M. de Saint-Paul le pria au contraire de lui parler vigoureusement. Étant entrée avec son fils, son père et sa mère, elle parut interdite au premier abord, témoigna que les discours que lui tenoit M. Singlin lui causoient beaucoup d’inquiétude et témoigna en substance que si M. de Chavigny s’étoit expliqué de sa volonté, elle auroit vendu jusqu’à sa chemise pour l’exécuter, mais que lui étant notifiée par M. Singlin saisi des papiers, sa foi lui étoit suspecte ; qu’au reste ses enfants n’auroient pas du pain si les effets contenus dans ces papiers étoient retranchés. Les papiers lui furent ensuite montrés et on lui fit voir un billet de l’Épargne de huit cent cinquante mille livres qui lui étoit inconnu. Ils furent ensuite cachetés du cachet de M. de Saint-Paul et enfermés par lui dans son cabinet, et l’assemblée des docteurs remise au lendemain.
« Le 28, on tira à M. de Sainte-Beuve quatre grandes palettes de sang pour une grande colique ; ce qui fit voir que les soupçons qu’eut madame de Chavigny que cette maladie ne fût une défaite, étoient mal fondés.
« Le 29, MM. les docteurs s’étant assemblés chez M. de Saint-Paul, il leur proposa succinctement ce qu’il savoit de cette affaire et pria M. de Sainte-Beuve de s’en expliquer plus au long. On a su, par le rapport que ce professeur de Sorbonne en a fait, qu’il s’en acquitta très-sagement et très avantageusement pour la cause qu’il soutenoit. M. de Saint-Roch, nommé par la veuve, dit qu’on avoit fait ce qu’on avoit pu pour l’empêcher de voir son mari et de lui parler pendant sa maladie ; qu’on ne savoit comment les papiers étoient venus entre les mains des dépositaires ; qu’on avoit peine de comprendre comment ils les avoient voulu retirer de la maison du défunt sans en donner connoissance à la veuve, et plusieurs autres choses sur ce ton. À quoi M. le curé de Saint-Paul répondit très-avantageusement pour la justification de ces deux messieurs, et selon la connoissance qu’il avoit de leur procédé. Il fut arrêté que l’on manderoit le lendemain madame de Chavigny et M. Singlin pour être ouïs.
« Le même jour, M. de Bagnols alla remercier madame la duchesse d’Aiguillon de la bonne opinion qu’elle avoit conçue de la conduite des dépositaires et des instantes sollicitations qu’elle avoit faites en faveur des pauvres auprès de la veuve. Il prit soin de lui justifier plus amplement le procédé qu’on avoit tenu, et pour l’engager à seconder leurs bonnes intentions, il lui fit part de tous les secrets de l’affaire qui lui étoient connus ; ce qu’il fit d’autant plus librement que sachant combien elle avoit aimé feu M. de Chavigny, il étoit persuadé qu’elle chérissoit sa mémoire et que par conséquent elle étoit incapable de révéler les choses qu’il lui confioit. Elle lui promit d’en user avec toute la discrétion possible et de se servir de la connoissance qu’il lui donnoit pour porter la veuve, ainsi qu’elle avoit commencé, à suivre ponctuellement la volonté de son mari.
« Le 30, M. de Saint-Roch s’excusa de l’assignation par une lettre qu’il écrivit à M. de Sainte-Beuve à cause des affaires qu’il avoit avec un neveu de M. l’évêque d’Orléans venu de Brie, et le pria de remettre l’affaire au Jour des Morts après midi. Cette excuse parut légère et on crut que madame de Chavigny le faisoit agir pour arriver à ses fins.
« Le 2 novembre, MM. les docteurs de Sorbonne., assemblés chez M. le