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PORT-ROYAL.

Saint-Paul et de Saint-Roch n’avoient fait que suivre l’intention de sa fille sur l’article des cent mille livres ; que, si elle eût voulu moins donner, ils l’auroient condamnée à moins et qu’ils ne faisoient aucun doute de se charger de la distribution de cette somme.
« Le 15, M. de Bagnols ayant informé de toute l’affaire M. le maréchal de Villeroy, il approuva la conduite qu’on avoit tenue et lui dit qu’il en avoit entendu parler devant la Reine de telle manière que les dépositaires de la volonté de M. de Chavigny n’avoient reçu aucun désavantage dans le rapport qu’on lui en avoit fait.
« Le 19, M. de Saint-Roch communiqua à M. de Sainte-Beuve trois formulaires de certificats qu’il avoit dressés. Les deux premiers exposoient que les cent mille livres que donnoit la veuve faisoient partie des avis qui lui avoient été donnés en conséquence du jugement de ces docteurs et ne l’acquittoient pas du surplus qui étoit le retentum secret dont on a parlé ci-devant. Le troisième étoit équivoque et exprimé en ces termes :
« Nous soussignés, docteurs de Sorbonne, pour expliquer et certifier par écrit comme nous avons donné à entendre spécialement quelle est l’aumône contenue et sous-entendue dans l’écrit de notre déclaration du 4e du présent mois, déclarons et certifions que c’est d’employer par la veuve d’un homme de condition y mentionnée la somme de cent mille livres en aumônes envers les hôpitaux, pauvres honteux et autres ; de laquelle notre présente déclaration et attestation ladite veuve ce requérant pour la sûreté dudit emploi, nous lui avons baillé et signé notre présent écrit ce vingtième novembre 1652 : signé, Rousse, curé de Saint-Roch, et Mazure, curé de Saint-Paul. »
« M. de Sainte-Beuve fit entendre qu’il pourroit signer les deux premiers certificats, mais qu’il ne se résoudroit jamais à souscrire le dernier, parce qu’il étoit contraire à la vérité ; qu’étant conçu en paroles équivoques la veuve pourroit s’imaginer qu’elle seroit quitte de leurs jugements pour la somme de cent mille livres, et ainsi se nourrir de la pensée de sa fausse paix qui pourroit beaucoup blesser sa conscience ; que d’autres personne mal intentionnées pour ceux qui avoient eu plus de part dans cette affaire en prendroient encore avantage pour soutenir les calomnies qu’ils avoient déjà publiées, et diroient sur cela deux choses, (l’une) que les avis des docteurs se réduisant à une simple aumône, celle qui avoit été conseillée par ceux dont M. de Chavigny avoit pris avis étoit excessive, la seconde, qu’il n’y avoit eu aucune nécessité au retranchement que ce défunt avoit fait, puisque la veuve avoit la liberté de l’employer aux hôpitaux, pauvres honteux et autres charités qu’elle trouveroit raisonnables. M. de Saint-Roch parut touché de ces raisons et promit de s’en servir pour s’excuser de consentir aux intentions de madame de Chavigny et au conseil de ses avocats qui lui faisoient entendre qu’elle ne trouveroit point de sûreté pour payer cette somme de cent mille livres que dans le certificat ci-devant transcrit. Et ils demeurèrent comme d’accord qu’ils s’arréteroient à l’un des deux premiers formulaires où il paroissoit que cette somme de cent mille livres ne faisoit que partie de leur avis. M. le curé de Saint-Roch ne put s’empêcher d’avouer à M. de Sainte-Beuve que la mère de madame de Chavigny et toute sa famille lui faisoient les dernières instances pour l’engager à signer le troisième certificat.
« Le 20, M. de Saint-Roch ayant écrit à M. de Sainte-Beuve pour lui demander une entrevue avec M. de Saint-Paul malade qui ne s’accommodoit point des deux premiers certificats, ce professeur de Sorbonne lui