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PORT-ROYAL.

l’avait demandé par son testament qu’il avait fait avant la séparation des deux maisons. Il se trouva ainsi reposer, sans l’avoir prévu, en terre étrangère et ennemie : ce n’était point sa faute. Il croyait retourner pour toujours à Jérusalem, il tomba en plein dans Samarie. Il léguait à l’abbaye, par ce même testament, 327 livres de rentes, qui furent adjugées, nous dit Guilbert, à la maison de Paris. Les Sœurs des Champs lui en restèrent reconnaissantes. Je lis dans le Journal manuscrit de Port-Royal, pour le mois de juin de 1670 :

« Le vendredi 27, ensuite de Vêpres on chanta Vêpres et le premier Nocturne des Morts avec les Répons pour M. de Pontis qui étoit mort le 14 du mois et a laissé une aumône à cette maison. — Le samedi 28, après Matines, on dit les deux autres Nocturnes sans chanter, et, après Tierces, on chanta Laudes et la Messe. »

Enfin l’article qu’on lui destinait dans le Nécrologe est de la plume de la mère Angélique de Saint-Jean : c’est sa digne oraison funèbre. Que faut-il de plus ?



LES MÉSAVENTURES DU PÈRE BOUHOURS

POUR SON NOUVEAU-TESTAMENT.

(Se rapporte à la page 376.)


Le peu de gravité du Père Bouhours, son peu de considération ecclésiastique nous sont attestés d’une manière bien sensible et rendus tout à fait évidents par les passages suivants que j’emprunte à la Correspondance de M. Vuillart avec M. de Préfontaine :

« (27 octobre 1696)… Je finis par un fait très-curieux et très-certain. Le fameux Père Bouhours, jésuite, a traduit les quatre Évangélistes en françois. Il les a fait imprimer. Il y a plus d’un an que l’impression repose : car il vouloit en demeurer à cette première partie du Nouveau-Testament qui est la plus aisée pour un traducteur, et n’osoit entreprendre les Actes et les Épîtres, etc., parce que la traduction en est beaucoup plus difficile. Ses amis, cependant, l’ont pressé de ne pas donner la première partie sans la seconde. Ils lui ont aidé pour le sens et lui ont laissé le soin de l’expression. Comme on commençoit à copier sa version des Actes, etc., ou sa seconde partie, lassé de tant attendre pour la publication de la première, il a enfin prié M. l’archevêque ( M. de Noailles) de la vouloir approuver. Il l’a accepté, à condition de la faire examiner. On l’a donc examinée ; et, sur le mémoire des observations de MM. les examinateurs, le prélat s’est cru obligé de prescrire un grand nombre de corrections au traducteur. Il les a fait faire. Ce n’est pas tout. M. l’archevêque a