Page:Sallust - Traduction de Jean Baudoin, 1616.djvu/15

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


l’histoire
de c. salvste,
de la conivration
de Catilina.


TOvs hommes qui deſirent ſurmonter les autres animaux doiuent faire en ſorte que leur memoire ne meure pas auec eux, & ne point paſſer leur vie comme les beſtes que la nature a formees la reſte en bas, & ſubjectes à leurs appetits. Or toute noſtre force & vertu conſiſte en l’eſprit & au corps. L’eſprit nous ſert d’ordinaire de maiſtre, & le corps de valet. L’vn nous eſt commun auec les Dieux ; & l’autre auec les beſtes. C’eſt pourquoy i’eſtime qu’il vaut beaucoup mieux [1] s’acquerir de la gloire par les moyens de l’eſprit, que par ceux du corps : Et, s’il eſt poſſible, rendre noſtre memoire immortelle, puis que la vie dont nous jouyſſons eſt ſi courte. Car où il n’eſt rien ſi paſſager & ſi freſle que la gloire qui vient des richeſſes & de la beauté, la vertu [2] eſclatte, & nous met en honneur pour iamais.

C’est la verité qu’il y a long temps que les hommes ont debattu ; ſcauoir, ſi la Milice s’agrandiſſoit pluſtoſt par la force du corps que par la vertu de l’eſprit : Car au meſtier de la guerre, [3] il ſe faut bien bien conſeiller auant que rien commencer, & le conſeil pris, executer promptement. Ainſi ces deux choſes inſuffiſantes d’elles-meſmes, ont beſoin d’vne mutuëlle aſſiſtance.

  1. S’acquerir de la gloire.] S’il eſt ainſi qu’il ſe treuue deux ſortes de biens, dont les vns ſont humains, à ſçavoir la ſanté, les forces, les beautez, & les richeſſes : Et les autres diuins, comme la prudence, la force, la temperance, & ainſi des autres vertus, il n’y a point de doute que les biens humains ne ſubſiſtent iamais en vn meſme eſtat, & que les diuins ſont eternels. Car (comme dict fort bien [Pro Milone.] Ciceron) entre toutes les vertus, s’il faut auoir eſgard au ſalaire, il n’en eſt point de comparable à celuy de la gloire. C’eſt elle qui nous faict viure apres la mort, & qui n’eſt iamais ingratte à ceux qui la cheriſſent.
  2. Nous ammabliſt.
  3. Il ſe faut bien conſeiller.] Les grands hommes d’Eſtat, dit [In Annibalis vita.] Plutarque, doiuent pluſtoſt regarder la fin que le commencement d’vne entrepriſe, & balançer toutes choſes auec vn bon conſeil, auant que prendre les armes.