Page:Sand – Le Lis du Japon, 1866.pdf/15

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MARCEL, à part.

Ça prend ! courage ! (Haut.) Et riche, très-riche même !


LA MARQUISE.

C’est un avantage, s’il aime à faire le bien !


MARCEL.

N’est-ce pas, madame la marquise ? La magnificence des habitudes rachète l’absence des titres ; au temps où nous vivons, une mésalliance n’est pas une si grosse affaire qu’au temps passé, et…


LA MARQUISE.

Ah ! permettez ! ce serait une mésalliance ? Ne m’en parlez plus. Cela me répugnerait.


MARCEL, à part.

Aïe ! (Haut.) Je demande humblement pardon à madame la marquise d’avoir blessé ses… principes !


LA MARQUISE.

Vous alliez dire mes préjugés ? Eh bien, je veux m’expliquer avec vous qui êtes un galant homme. Je n’ai point de préjugés ; mais je trouve qu’il y a quelque chose de lâche à vendre son nom pour de l’argent, de même qu’il y a, dans la vanité d’un parvenu qui recherche l’alliance d’une femme de qualité sans fortune, quelque chose de ridicule, quelque chose de contraire à la dignité. Toute situation doit garder l’orgueil d’elle-même, monsieur Marcel… Que les parvenus soient fiers de leurs richesses, je ne demande pas mieux, s’ils les ont bien acquises ; mais qu’on nous laisse être fiers aussi de ne rien devoir à personne, et que chacun se tienne à sa place, sans convoitise et sans puérile ambition !


MARCEL.

Madame la marquise a parfaitement raison ! (À part.) Pauvre Julien ! il faut le faire partir d’ici !