Page:Sand – Le Lis du Japon, 1866.pdf/22

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JULIEN.

Mais je n’y comprends rien non plus. Marcel est fou !


LA MARQUISE.

Ah ! c’est lui ? (Marcel éclate de rire.) Vous riez, à présent ?


MARCEL.

Oui, je ris, je crie, j’enrage, je jurerais, si j’osais ! nous voilà tous éperdus… Calmons-nous, comprenons-nous, et soyez juge, madame la marquise. Vous connaissez de vue ou de réputation notre oncle, l’ex-armateur, le fantasque, l’honnête, le désagréable, le riche M. Thierry ?


JULIEN.

Eh ! qu’importe à madame la marquise…


MARCEL.

Tais-toi, malheureux, tu es sans excuse ! (À la marquise.) Vous avez ouï parler de sa passion pour les oignons ?


LA MARQUISE, étonnée.

Les… ?


MARCEL.

Oui, les plantes bulbeuses, comme il les appelle, les tulipes, les lis… Celui-ci, à peine éclos en serre chaude, — trente-deux degrés Réaumur ! — m’avait été confié pour que ce maudit barbouilleur en fît une esquisse.


LA MARQUISE.

Oui, je comprends… je vois…


MARCEL.

Non, madame, vous ne voyez que le fait. La conséquence se dérobe aux prévisions. Notre oncle avait résolu… je viens d’en recevoir la confidence… de léguer tous ses biens à Julien ici présent, moyennant certaines conditions…


JULIEN.

Tais-toi ! je…


MARCEL.

Tais-toi ! tu… tu n’as pas le sens commun. Après cet accident