Page:Sand – Le Lis du Japon, 1866.pdf/28

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JULIEN.

Ah ! laisse-moi. Je suis brisé, Marcel.


MARCEL.

Mais tu ne comprends donc pas ? L’oncle ne sait rien de l’accident arrivé à son lis, je n’ai pas été chez lui, je suis resté là, j’ai entendu, je suis rentré à point, et j’ai tout sauvé en parlant de la présidente. Sans mon aide et sans l’à-propos, jamais tu n’aurais osé faire ta déclaration, et c’est à moi que tu dois ce morceau d’éloquence qui a porté coup.


JULIEN.

Tu déraisonnes !


MARCEL.

Non pas ! c’est toi, tu es aveugle ; l’oncle…


JULIEN.

Ah ! de quoi me parles-tu ? Il s’agit bien…


MARCEL.

Il s’agit de ça avant tout. Sois aimé de la marquise pour hériter ; hérite pour épouser la marquise !


JULIEN.

La marquise est au-dessus…


MARCEL.

De toute cupidité, je le sais ; mais le monde, qui la condamnerait si elle épousait un pauvre peintre, l’absoudra si elle épouse un honnête millionnaire. Et toi-même, oserais-tu accepter sa main, si tu n’avais que privation et misère à lui offrir ? Non, va, les mariages d’amour sont une belle chose, je n’en disconviens pas : J’aime ma femme, je travaille, elle épargne, ça nous occupe et nous lie. Mais, quand on est l’époux d’une marquise, il faut pouvoir la dispenser de l’économie, qui serait pour elle un supplice et une honte. Il faut l’entourer de bien-être et de dignité, il faut être riche, c’est moi qui te le dis, et tu es riche, j’en réponds. Avant trois jours, l’oncle et moi ferons si bien, que la marquise écoutera les propositions qu’elle a rejetées ce matin.