Page:Sand – Le Lis du Japon, 1866.pdf/6

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JULIEN.

Oui, grand procureur ! je regardais fleurir le printemps. Et ton étude, fleurit-elle aussi ?


MARCEL.

Elle bourgeonne, mon ami, elle bourgeonne. Ah ! si elle était payée, ça irait mieux ; il y pousserait des branches et des fruits. Dis donc, si tu hérites, tu m’aideras, hein ?


JULIEN.

À payer ? Ah ! je t’en réponds ! mais ne te réjouis pas, mon pauvre ami, je n’hériterai pas.


MARCEL.

Qu’en sait-on ?


JULIEN.

L’oncle Thierry dédaigne trop les artistes, en général, et moi en particulier.


MARCEL.

Il en reviendra peut-être. Ça dépend de toi.


JULIEN.

Tu veux que je renonce à la peinture ?


MARCEL.

Non pas ! peindre des fleurs et des fruits, des mouches d’or, des papillons, des gouttes de rosée, c’est un art très-galant où ton pauvre père excellait et où tu fais déjà parler de toi avec éloge. Je ne veux pas que tu y renonces, je veux que…


JULIEN.

Que quoi ?


MARCEL.

Que tu me donnes de l’eau !


JULIEN.

Tu as soif ?


MARCEL.

Non, c’est pour cette fleur qu’il faut tenir fraîche par le pied.