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LE PICCININO.

ralysie ne lui permet plus de bénir les fidèles qu’avec l’esprit et le cœur.



Tenez, mon garçon. (Page 7.)

― Que Dieu la guérisse et la conserve ! reprit Michel ; et il s’éloigna, bien certain, cette fois, qu’il ne s’était pas trompé, et qu’il venait d’échapper à une rencontre périlleuse.

Il n’avait pas descendu dix pas sur la colline qu’il se trouva face à face, au détour d’un rocher, avec un homme qui vint tout près de lui sans que ni l’un ni l’autre se reconnussent, tant ils s’attendaient peu à se rencontrer en ce moment. Tout à coup ils s’écrièrent tous les deux à la fois, et s’unirent dans une étreinte passionnée. Michel embrassait son père.

― Ô mon enfant ! mon cher enfant ! toi, ici ! s’écria Pier-Angelo. Quelle joie et quelle inquiétude pour moi ! Mais la joie l’emporte et me donne l’esprit plus courageux que je ne l’avais il y a un instant. En songeant à toi, je me disais : Il est heureux que Michel ne soit pas ici, car nos affaires pourraient bien se gâter. Mais te voilà, et je ne puis pas m’empêcher d’être le plus heureux des hommes.

― Mon père, répondit Michel, n’ayez pas peur : je suis devenu prudent en mettant le pied sur le sol de ma patrie. Je viens de rencontrer notre ennemi face à face, j’ai été interrogé par lui, et j’ai menti à faire plaisir.

Pier-Angelo pâlit. ― Qui ? qui ? s’écria-t-il, le cardinal ?

― Oui, le cardinal en personne, le paralytique dans sa grande boîte dorée. Ce doit être le fameux prince Ieronimo, dont mon enfance a été si effrayée, et qui me paraissait d’autant plus terrible que je ne savais pas la cause de ma peur. Eh bien, cher père, je vous assure que s’il a encore l’intention de nuire, il ne lui en reste guère les moyens, car toutes les infirmités semblent s’être donné le mot pour l’accabler. Je vous raconterai notre entrevue ; mais parlez-moi d’abord de ma sœur, et courons la surprendre.

― Non, non, Michel, le plus pressé c’est que tu me racontes comment tu as vu de si près le cardinal. Entrons dans ce fourré, je ne suis pas tranquille. Dis-moi, dis-moi vite !… Il t’a parlé, dis-tu ?… Cela est donc certain, il parle ?

― Rassurez-vous, père, il ne parle pas.

― Tu en es sûr ? Tu me disais qu’il t’avait interrogé ?