Page:Sand - Œuvres illustrées de George Sand, vol 1, 1852.djvu/183

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
33
VALENTINE.

sincèrement. Elle s’attacha donc à lui démontrer que si son cousin n’avait pas d’amour pour elle, du moins il n’était pas vraisemblable qu’il en eut pour aucune autre femme, et elle s’efforça de lui faire espérer qu’elle triompherait de sa froideur ; mais Athénaïs n’écouta rien.



Ah ! te voilà, ma petite. (Page 18.)

— Non, non, ma chère demoiselle, répondit-elle en essuyant tout à coup ses larmes, il faut que j’en prenne mon parti ; j’en mourrai peut-être de chagrin, mais enfin je ferai mon possible pour en guérir. Il est trop humiliant de se voir mépriser ainsi ! J’ai bien d’autres aspirants ! Si Bénédict croit qu’il était le seul dans le monde à me faire la cour, il se trompe. J’en connais qui ne me trouveront pas si indigne d’être recherchée. Il verra ! il verra que je m’en vengerai, que je ne serai pas longtemps au dépourvu, que j’épouse Georges Simonneau, ou Pierre Blutty, ou bien encore Blaise Moret ! Il est vrai que je ne peux pas les souffrir. Oh ! oui, je sens bien que je haïrai l’homme qui m’épousera à la place de Bénédict ! Mais c’est lui qui l’aura voulu ; et, si je suis une mauvaise femme, il en répondra devant Dieu !

— Tout cela n’arrivera pas, ma chère enfant, reprit Louise ; vous ne trouverez point parmi vos nombreux adorateurs un homme que vous puissiez comparer à Bénédict pour l’esprit, la délicatesse et les talents, comme, de son côté, il ne trouvera jamais une femme qui vous surpasse en beauté et en attachement…

— Oh ! pour cela, arrêtez, ma bonne demoiselle Louise, arrêtez ; je ne suis pas aveugle, ni vous non plus. Il est bien facile de voir quand on a des yeux, et M. Bénédict ne se donne pas beaucoup de peine pour échapper aux nôtres. Rien n’a été si clair pour moi que sa conduite d’aujourd’hui. Ah ! si ce n’était pas votre sœur, que je la haïrais !

— Haïr Valentine ! elle, votre compagne d’enfance, qui vous aime tant, qui est si loin d’imaginer ce que vous soupçonnez ? Valentine, si amicale et si bienveillante de cœur, mais si fière par modestie ! Ah ! qu’elle souffrirait, Athénaïs, si elle pouvait deviner ce qui se passe en vous !

— Ah ! vous avez raison ! dit la jeune fille en recommençant à pleurer ; je suis bien injuste, bien impertinente de l’accuser d’une chose semblable ! Je sais bien que si elle en avait la pensée, elle frémirait d’indignation. Eh bien ! voilà ce qui me désespère pour Bénédict ; voilà