Page:Sand - Œuvres illustrées de George Sand, vol 1, 1852.djvu/278

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FRANÇOIS LE CHAMPI.



C’est bien parler, ça, Jeannie, dit François. (Page 29.)

XX.

Le jour était déjà grand quand Mariette Blanchet sortit du nid, bien attifée dans son deuil, avec du si beau noir et du si beau blanc qu’on aurait dit d’une petite pie. La pauvrette avait un grand souci. C’est que ce deuil l’empêcherait, pour un temps, d’aller danser dans les assemblées, et que tous ses galants allaient être en peine d’elle ; elle avait si bon cœur qu’elle les en plaignait grandement.

— Comment ! fit-elle en voyant François ranger des papiers dans la chambre de Madeleine, vous êtes donc à tout ici, monsieur le meunier ! vous faites la farine, vous faites les affaires, vous faites la tisane ; bientôt on vous verra coudre et filer…

— Et vous, demoiselle, dit François, qui vit bien qu’on le regardait d’un bel œil tout en le taquinant de la langue, je ne vous ai encore vue ni filer ni coudre ; m’est avis que bientôt on vous verra dormir jusqu’après midi, et vous ferez bien. Ça conserve le teint frais.

— Oui-da, maître François, voilà déjà que nous nous disons des vérités… Prenez garde à ce jeu-là : j’en sais dire aussi.

— J’attends votre plaisir, demoiselle.

— Ça viendra ; n’ayez peur, beau meunier. Mais où est donc passée la Catherine, que vous êtes là à garder la malade ? Vous faudrait-il point une coiffe et un jupon ?

— Sans doute que vous demanderez, par suite, une blouse et un bonnet pour aller au moulin ? Car, ne faisant point ouvrage de femme, qui serait de veiller un tantinet auprès de votre sœur, vous souhaitez de lever la paille et de tourner la meule. À votre commandement ! changeons d’habits.

— On dirait que vous me faites la leçon ?

— Non, je l’ai reçue de vous d’abord, et c’est pourquoi, par honnêteté, je vous rends ce que vous m’avez prêté.

— Bon ! bon ! vous aimez à rire et à lutiner. Mais vous prenez mal votre temps ; nous ne sommes point en joie ici. Il n’y a pas longtemps que nous étions au cimetière, et si vous jasez tant, vous ne donnerez guère de repos à ma belle-sœur, qui en aurait grand besoin.