Page:Sand - Antonia.djvu/166

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trop vieux homme. Je ne la crois pas hardie et vaillante comme vous l’avez été, vous, et, d’ailleurs, ce qui vous a réussi nuit généralement ; les grandes passions sont un numéro qui gagne sur cent mille qui perdent à la loterie du destin ! Ne souhaitons pas cela pour Julien et pour elle !

— Non, je ne le souhaite pas, c’est trop hasardeux en effet ; mais, s’il lui plaît pourtant, qu’arrivera-t-il ?

— Je ne sais ; mais elle est vertueuse, il est honnête homme : ils souffriront tous deux. Mieux vaudrait les éloigner si on pouvait.

— Eh oui ! c’est ce que je te disais d’abord. Quel dommage pourtant ! Si beaux, si jeunes, si bons tous les deux ! Ah ! le sort est quelquefois bien injuste ! Si mon pauvre mari lui eût laissé notre fortune, Julien eût pu être un parti pour elle, puisqu’elle est pauvre et sans orgueil de famille ! Hélas ! que Dieu me le pardonne ! voici la première fois que je blâme mon André ! Ne parlons plus de cela, Marcel, n’en parlons jamais !

— Il faudra pourtant penser, reprit le procureur, à ne pas laisser trop flamber le cœur de Julien. Aujourd’hui, c’est feu de joie, parce qu’il espère probablement ; mais, demain, ce serait l’incendie.

— Que ferons-nous donc, Marcel ?

— Je ne sais pas. Je voudrais pouvoir confesser madame d’Estrelle, et surtout l’oncle Antoine, car je ne suis pas dupe de sa philosophie, et je crains…

— Que crains-tu ?