Page:Sand - Antonia.djvu/232

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La marquise ne daigna pas répondre, et continua de sautiller comme une pie déplumée. Le notaire et Marcel la suivirent, ne pouvant l’arrêter.

Elle connaissait fort bien les localités, quoique depuis longtemps elle n’y eût pas fait acte de présence, s’étant brouillée dès son second mariage avec le comte son beau-fils. Elle arriva au pavillon peu de minutes après Julie, trouva la porte grande ouverte et entra dans l’atelier comme une bombe.

Julien était seul ; il ne savait même pas que madame d’Estrelle fût entrée et montée chez sa mère. Depuis qu’il voyait Julie en secret, il n’était plus aux aguets. On était si bien d’accord pour ne pas se rencontrer par hasard ! Il travaillait et chantait. Julie, en entrant dans le petit vestibule, avait eu je ne sais quel vague et subit avertissement du danger d’être suivie ; elle avait pris l’escalier, se persuadant que la chambre de la veuve était un asile inviolable. Surpris de la brusque apparition de la vieille douairière, Julien, qui ne l’avait jamais vue, se leva, pensant qu’elle était arrivée par la rue et qu’il s’agissait d’une commande. Cette figure rouge et haletante, anguleuse et maussade, lui causa plus de déplaisir que d’espérance.

— Voilà, se dit-il rapidement, une personne qui marchandera comme un brocanteur, si ce n’est quelque brocanteur femelle en réalité.

La toilette sordide de la dame n’annonçait nullement son rang et sa fortune.