Page:Sand - Antonia.djvu/28

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— Apparemment le baron d’Ancourt manque d’esprit et de goût, car il ne le voulait pas à dîner…

— Je ne dis pas que le baron manque…

— Dites, dites, ça m’est bien égal, j’en sais plus long que vous là-dessus !

Et, sur cette réponse à deux tranchants, la baronne, qui dédaignait souverainement l’intellect de son mari, mais qui lui pardonnait en faveur de ses hautes prétentions à la qualité, partit d’un grand et franc éclat de rire.

— Reprenons notre propos sur ces Thierry, dit-elle. Vous étiez donc liée avec l’artiste ?

— Non, je ne l’ai pas connu. Vous savez que le comte d’Estrelle est tombé malade aussitôt après son mariage, que je l’ai accompagné aux eaux, et qu’en fin de compte je n’ai jamais reçu personne, puisqu’il n’a fait que languir jusqu’à sa mort.

— C’est ce qui fait que vous n’avez jamais vu le monde et que vous ne le connaissez pas. Pauvre petite, après vous être sacrifiée pour une vie brillante, vous n’avez connu que les devoirs à rendre à un moribond, les crêpes du deuil et les tracasseries d’affaires ! Voyons, il faudrait pourtant sortir de tout cela, ma chère Julie ; il faudrait vous remarier.

— Ah ! Dieu m’en garde ! s’écria la comtesse.

— Vous voulez vivre seule et vous enterrer à votre âge ? Impossible !

— Je ne peux pas vous dire que cela soit de mon goût, je n’en sais rien. J’ai tellement passé à côté de