Page:Sand - Antonia.djvu/281

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sant la pièce qui servait d’antichambre et de salle à manger, qu’un déjeuner apporté par la femme de service s’était refroidi sans qu’on y eût touché.

— Vous avez donc oublié de manger ? dit-elle à Julie.

— Non, ma sœur, répondit la pauvre désolée, qui ne voulait pas se laisser plaindre, j’attendais que l’appétit me vînt.

La religieuse l’engagea à se mettre à table, la servit avec obligeance, et crut la distraire par son babil bonasse et insignifiant. Julie l’écouta avec une complaisance inépuisable, et poussa la soumission d’esprit jusqu’à paraître s’intéresser à toutes les minuties de la vie de cette recluse, à tous les détails du règlement, à tous les petits événements stupides qui défrayaient les loisirs de la communauté. Que lui importait d’entendre cela ou autre chose ? Il n’était plus au pouvoir de personne de la contrarier ou de l’ennuyer. Elle était comme une âme entièrement vide que tout traverse et où rien ne demeure.

Quand Marcel arriva dans l’après-midi, sa cousine lui dit :

— Que me disiez-vous donc que cette dame était malade et avait des sujets de chagrin ? Elle a bien dormi sans souffler mot, elle a déjeuné raisonnablement, quoique un peu tard, et elle a pris grand plaisir à causer avec moi. C’est une personne très-aimable, et qui n’a point de chagrin sérieux. Je vous en réponds, je m’y connais !