Page:Sand - Antonia.djvu/314

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— Bah ! bah ! gardez ça. Il n’y a pas grand mal !

— Vous êtes si bon ! reprit Julie avec la même sécheresse fébrile. Vous venez recevoir mes remercîments, n’est-il pas vrai ? Vous savez que j’accepte tout, que je me trouve bien heureuse à présent, que je n’aime plus rien ni personne, que vous m’avez rendu le plus grand service, et que vous pouvez dire à Dieu tous les soirs : « J’ai été bon et grand comme toi-même ! »

M. Antoine restait bouche bée, ne sachant si c’était pour rire ou pour remercier que madame d’Estrelle lui disait ces choses, trop fin pour s’y fier, trop rude pour comprendre.

— Elle va me sauter aux yeux, dit-il tout bas à Marcel. Tu m’as trompé, gredin !

— Non, mon oncle, répondit tout haut Marcel, Madame la comtesse vous remercie. Elle est fort malade, vous le voyez, n’exigez pas de plus long discours.

Marcel avait compté sur l’impression que ferait à M. Antoine l’altération des traits de Julie. Cette impression fut vive en effet. Il la contemplait d’un œil à la fois hébété, cruel et craintif, et il se disait avec une joie qui n’était pas sans mélange d’effroi : « Voilà mon ouvrage ! »

— Madame, dit-il après un moment d’hésitation, j’ai dit que je serais vengé de vous, que je vous amènerais à me demander pardon de vos offenses. Voulez-vous en finir et me dire que vous avez eu tort ? Je ne demande que ça.