Page:Sand - Antonia.djvu/328

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— Nous y étions, répondit madame Thierry, je ne vous ai pas demandé autre chose depuis que vous êtes ici, la liberté d’action de madame d’Estrelle.

— Oui, avec de l’argent pour tout le monde ?

— Non, pas d’argent, rien ! le sacrifice en est fait. Souffrez-nous comme locataires de cette maison, nous payerons avec joie pour y rester. Et, si vous ne voulez pas,… eh bien, que votre volonté soit faite ; mais renvoyez-nous sans haine et pardonnez-nous d’être heureux, car nous le serons, même dans la gêne, si nos cœurs sont contents les uns des autres, si nous pouvons nous dire que ce bonheur ne vous afflige plus…

M. Antoine se sentit vaincu ; il en eut honte, et se rattrapa à la dernière branche.

— Voilà de vos fiertés, dit-il, c’est toujours la même chose, pour changer ! L’argent du riche est l’objet de vos mépris ! Vous en faites bon marché ! « Reprenez tout, nous ne voulons rien, nous n’avons pas de besoins, nous ! nous vivons de l’air du temps ! Qu’est-ce que c’est que ça, de l’argent ? C’est des cailloux pour les âmes sensibles ! » Et pourtant, ma belle dame, de l’argent gagné honnêtement par un homme qui n’avait pour lui que son génie naturel, ça devrait compter pour quelque chose ! C’est le miel de l’abeille industrielle, c’est la fleur des tropiques que la patience et le savoir d’un maître jardinier font fleurir dans un climat artificieux. Ah ! ce n’est rien, vous croyez ? Avec tout son esprit, mon pauvre frère n’a su que