Page:Sand - Antonia.djvu/330

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lieu d’être une grande dame, vous étiez une vraie bonne mère !

Madame Thierry était muette de surprise. Elle regarda Marcel, qui, sans être vu de M. Antoine, lui fit énergiquement le geste et la pantomime de céder à la fantaisie du vieux riche. La pauvre femme eut un serrement de cœur, mais elle n’hésita pas ; elle se laissa glisser de son fauteuil sur son coussin, où elle posa les deux genoux, et, prenant les deux mains de M. Antoine :

— Vous avez raison, mon frère, lui dit-elle, vous m’enseignez mon devoir. Je m’y rends. Soyez le plus grand des hommes, pardonnez tout et accordez tout.

— Enfin ! À la bonne heure ! s’écria M. Antoine en la relevant, et, quand on se réconcilie, on s’embrasse, n’est-ce pas ?

Madame Thierry embrassa M. Antoine, et Marcel entra pour applaudir.

— Eh bien, lui dit l’amateur de jardins, te voilà bien sot, monsieur le chicanous ? Il était joli, ton plan de révolte ! tout casser, tout briser ! quoi ! réduire la cliente et ta famille à la misère, tout ça pour ne pas céder à l’homme riche, à l’homme puissant, l’ennemi naturel de ceux qui n’ont rien et qui ne savent rien acquérir ? Voilà un beau procureur, ma foi, qui ne sait procurer à sa clientèle que l’amour et le pain bis ! Heureusement, les femmes ont plus d’esprit que ça. En voilà deux qui me donnaient au diable, et qui, toutes deux ce soir, ont plié les genoux devant moi.