Page:Sand - Antonia.djvu/335

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Ils approchaient de la pièce d’eau : là, comme le ciel sans lune était limpide et se mirait dans le bassin avec toutes ses étoiles, Julien vit que madame d’Estrelle était pâle, et cette blancheur de l’eau, qui se reflétait sur elle, la lui fit paraître encore plus blême qu’elle n’était. Il vit l’amaigrissement de son visage à l’agrandissement de ses yeux, qui brillaient d’un éclat vitreux dans la nuit.

— J’en étais sûr ! s’écria-t-il ; tu te meurs, et c’est pour cela que tu m’as rappelé près de toi. Eh bien, Julie, je ne te quitte plus ; si je dois te perdre, je veux recueillir ton dernier souffle et en mourir aussi.

— Non, Julien, tu ne peux pas mourir ! ta mère !

— Eh bien, ma mère mourra avec nous ; que veux-tu que je te dise ? Elle aurait voulu mourir le jour où elle a perdu mon père ; elle l’a dit malgré elle dans le premier égarement, et, depuis, j’ai bien compris qu’elle ne vivait plus que pour moi. Nous partirons tous les trois ; puisqu’à nous trois nous ne faisons qu’une âme, et nous irons dans un monde où l’amour le plus pur ne sera pas un crime. Il doit y avoir un monde comme cela pour ceux qui n’ont rien compris aux préjugés iniques de celui-ci. Mourons, Julie, n’ayons pas de remords ni de vains regrets. Donne-moi ton haleine, donne-moi ta fièvre, donne-moi ton mal, je jure que je ne veux pas te survivre.

— Hélas ! dit Julie, qui ne put retenir ce cri de la nature, j’aurais pu guérir !