Page:Sand - Antonia.djvu/49

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— N’y mettez pas tant de cérémonie. Venez me voir sans motif d’affaires, quand vous en avez le temps. Je vous dois beaucoup, monsieur. Thierry. Vous ne m’avez pas seulement donné sur ma situation des idées nettes qui m’étaient bien nécessaires. Vous m’avez donné de bons conseils, où vous n’avez pas égaré ma loyauté pour sauver mes intérêts. Enfin je vois que vous avez de l’estime pour moi, un peu d’amitié peut-être, et je vous en remercie de tout mon cœur.

La comtesse avait une manière de dire ces choses simples qui leur donnait un charme extrême. Chaste et digne en toutes ses actions et en toutes ses paroles, elle avait ce je ne sais quoi d’attendri et d’abandonné qui révélait un cœur trop plein, un cœur qui cherche à bien placer son superflu. Certes, la baronne l’eût trouvée trop affectueuse et trop reconnaissante envers ce petit procureur, trop heureux de la servir. Elle lui eût dit qu’il ne fallait pas gâter des gens de cette espèce en leur montrant qu’ils vous étaient nécessaires. Julie, sûre d’elle-même dans sa touchante humilité, ne craignait pas de placer trop bas son amitié en raccordant à un homme habile et honnête, et puis il se faisait en elle, on l’a vu, une réaction insensible et pourtant rapide contre le milieu où elle avait jusque-là vécu.

— L’aimable femme ! se disait Marcel Thierry en la quittant. Le diable m’emporte, si je n’étais procureur, marié à la meilleure femme du monde et père d’un