Page:Sand - Confession d une jeune fille - vol 2.djvu/164

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mait !… Mais non, pourquoi ? Je saurai renoncer à cela. J’aurai là-bas sa tombe et ses os. J’espère qu’on ne me les disputera pas ! Au lieu d’habiter son salon et de prier sur sa chaise, je planterai des fleurs dans le cimetière où elle dort, et je serai encore plus près d’elle. Oui, oui, cela arrange tout ; aidez-moi vite à l’exécuter, mon cher ami.

J’étais émue, je pleurais, et pourtant j’étais heureuse. Mac-Allan, avec qui j’avais enfin un mouvement de complet abandon et de confiance enthousiaste, me regardait avec des yeux humides, et il avait un tremblement nerveux. Je crus qu’il s’effrayait de me voir suivre si spontanément son avis et qu’il me plaignait.

— Ne croyez pas que je sois à plaindre, lui dis-je ; au contraire, je n’ai jamais ressenti une joie si profonde. Vous allez le comprendre. Rappelez-vous ce que je vous disais il y a quinze jours. Je m’effrayais d’avoir un parti à prendre, sans savoir de quel côté était mon devoir. Eh bien, voilà quinze jours que je vis en face de ce problème et qu’il me brise. Vous venez de le résoudre ; vous m’avez dit : « Il y a un moyen de rendre à Jennie ce qu’elle a fait pour vous, c’est de sacrifier votre orgueil. » Béni soyez-vous, Mac-Allan ! voilà que je respire, voilà que j’existe, et, comme vous êtes