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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

les paradoxes les plus injustes et les plus absurdes sans donner signe de blâme, etc. Je sais, de mon côté, qu’on ne se conduira peut-être pas toujours à votre égard avec l’amitié que vous méritez. Les cœurs sont secs et ne s’ouvriront pas pour vous.

Il est nécessaire que vous ayez une grande autorité sur Maurice ; mais il ne faut pas que vous ayez l’air de la disputer à son père. Affectez, au contraire, d’adhérer à tout ce qu’il vous dira, et faites au fond comme vous jugerez bon. Il n’a pas de constance dans les idées, il ne s’inquiètera pas de l’effet de ses avis. Ensuite prenez garde à vos lettres et aux miennes. Mettez-y toute votre prudence naturelle. Je vous prie de m’écrire au moins une fois par semaine et de m’avertir si Maurice était sérieusement malade. Eux n’y manqueraient pas, je le sais bien ; mais ils ne se feraient pas faute d’exagérer son mal, soit pour me faire revenir plus vite, soit pour me faire de la peine. En vérité, ils m’en ont assez fait, souvent pour le seul plaisir qu’ils y trouvaient. Vous, vous me direz la vérité ; si l’un de mes enfants tombait malade, je me conformerais entièrement à votre avis de revenir ou de rester. J’aurais de l’inquiétude ou je n’en aurais pas, suivant votre assertion. Vous m’épargnerez la douleur tant que vous pourrez, je le sais. Vous ne m’abuserez pas non plus par une aveugle confiance.

Je vous écrirai plus au long dans quelques jours, pour vous dire ce que je fais ici. Je m’embarque sur la mer orageuse de la littérature. Il faut vivre. Je ne