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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

des difficultés que je trouve, je n’aurais pas entrepris cette carrière. Eh bien, plus j’en rencontre, plus j’ai la résolution d’avancer. Je vais pourtant retourner bientôt cheux nous, et peut-être sans avoir réussi à mettre ma barque à flot, mais avec l’espérance de mieux faire une autre fois et avec des projets de travail plus assidu que jamais.

Il faut une passion dans la vie. Je m’ennuyais, faute d’en avoir. La vie agitée et souvent même assez nécessiteuse que je mène ici chasse bien loin le spleen. Je me porte bien et vous allez me revoir avec une humeur tout à fait rose.

Avec ça que notre bonne Agasta[1] aille bien et que je la retrouve fraîche et ingambe ! Nous danserons encore la bourrée ensemble !

Adieu, mon cher ami. Si vous avez des idées, envoyez-moi-z’en ; car, des idées, par le temps qui court, c’est la chose rare et précieuse. On écrit parce que c’est un métier ; mais on ne pense pas, parce qu’on n’en a pas le temps. Les choses marchent trop vite et vous emportent tout éblouis.

« Les écrivains (dit le sublime de Latouche), ce sont des instruments. Au temps où nous vivons, ce ne sont pas des hommes ; ce sont des plumes ! »

Et, quand on a lâché ça, on se pâme d’admiration. On tombe à la renverse, ou l’on n’est qu’un âne.

Bonsoir. J’embrasse Agasta et vous de tout mon cœur.

  1. Madame Duteil.