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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

digne patron (ah ! si vous connaissiez cet homme-là !) est sur nos épaules, taillant, rognant à tort et à travers, nous imposant ses lubies, ses aberrations, ses caprices. Et nous d’écrire comme il l’entend ; car, après tout, c’est son affaire. Nous ne sommes que ses manœuvres ; ouvrier-journaliste, garçon-rédacteur, je ne suis pas autre chose pour le moment. Quand je vois les platitudes que j’ai griffonnées dans vingt paires de mains qui se les arrachent et sous les yeux de ces bénévoles lecteurs dont le métier est d’être mystifiés, je me prends à rire d’eux et de moi. Quelquefois je les vois cherchant à deviner des énigmes sans mot et je les aide à s’embrouiller. J’ai fait hier un article pour madame Duvernet, on dit que c’est pour M. de Quélen[1]. Voyez un peu !

Adieu, mon cher enfant ; je vous charge d’embrasser mon frère et ma sœur, si elle vous le permet. Dites à Polyte de m’écrire un peu plus souvent. Enfermée au bureau d’esprit de mon digne maître depuis neuf heures du matin jusque cinq heures, je n’ai guère le temps d’écrire, moi ; mais j’aime bien à recevoir des lettres de Nohant. Elles me reposent le cœur et la tête.

Je vous embrasse et vous aime bien. Dites-moi donc ce que vous faites faire à Maurice ?

J’ai revu Kératry et j’en ai assez. Hélas ! il ne faut pas voir les célébrités de trop près.

De loin, c’est quelque chose, etc.

  1. Archevêque de Paris.