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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

claires, que nul homme ne sera assez hardi ou assez vil pour les accepter.

Ces considérations-là, vous le sentez, sont choses toutes personnelles, qui peuvent vous laisser du doute ou du blâme sans que je m’en offense ; mais souffrent-elles une discussion sérieuse ? Non, vraiment. Il n’y a pas plus à raisonner là-dessus que sur la faim qui s’apaise ou recommence. Nous verrons bien ! Il est inutile de parler du lendemain quand on est satisfait du plan de sa journée. Si on ne croyait pas à la durée d’un projet, il n’existerait pas une minute dans le cerveau. Mais, si on pouvait assurer cette durée, on serait Dieu.

Prenez-moi donc pour un homme ou pour une femme, comme vous voudrez. Duteil dit que je ne suis ni l’un ni l’autre, mais que je suis un être. Cela implique tout le bien et tout le mal, ad libitum.

Quoi qu’il en soit, prenez-moi pour une amie, frère et sœur tout à la fois : frère pour vous rendre des services qu’un homme pourrait vous rendre ; sœur pour écouter et comprendre les délicatesses de votre cœur.

Mais dites à vos amis et connaissances qu’il est absolument inutile d’avoir envie de m’embrasser pour mes yeux noirs, parce que je n’embrasse pas plus volontiers sous un costume que sous un autre !

Adieu ; ne parlons plus de cela, ce serait ennuyeux et déplacé. Parlons de l’avenir du monde et des beautés du saint-simonisme tant que vous voudrez.