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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

donnée à la souffrance, vous auriez appris à connaître les hommes qui aiment assez le peuple pour s’annihiler devant l’expression de sa confiance et de sa volonté.

Amnistie ! amnistie bientôt, mon prince ! Si vous ne m’écoutez pas, qu’importe pour moi que j’aie fait un suprême effort avant de mourir ? Mais il me semble que je n’aurai pas déplu à Dieu, que je n’aurai pas avili en moi la liberté humaine, et surtout que je n’aurai pas démérité de votre estime, à laquelle je tiens beaucoup plus qu’à des jours et à une fin tranquilles. Prince, j’aurais pu fuir à l’étranger lorsqu’un mandat d’amener a été lancé contre moi, on peut toujours fuir ; j’aurais pu imprimer cette lettre en factum pour vous faire des ennemis, au cas où elle ne serait pas même lue par vous. Mais, quoi qu’il en arrive, je ne le ferai pas. Il y a des choses sacrées pour moi, et, en vous demandant une entrevue, en allant vers vous avec espoir et confiance, j’ai dû, pour être loyale et satisfaite de moi-même, brûler mes vaisseaux derrière moi et me mettre entièrement à la merci de votre volonté.

GEORGE SAND.