Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 3.djvu/341

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
338
CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

involontaire. Je vous assure que votre accusation est une énigme d’un bout à l’autre ; relisez-la avec calme, et vous verrez que, quand on n’a pas d’intérêt personnel dans la question, quand on ne se sent entamé par aucun de vos reproches, il est impossible de comprendre pourquoi vous nous traduisez ainsi au ban de l’Europe, comme bavards, vaniteux, crétins, poltrons et matérialistes. Est-ce un anathème sur la France parce qu’elle s’est donné un dictateur ? Bon, si la France était socialiste ; mais, mon ami, si vous dites cela, vous nous faites, sans vous en douter, une atroce plaisanterie ; si vous le croyez, vous connaissez la France moins que la Chine. Est-ce un anathème sur la doctrine matérialiste, selon vous, qui se résume par ces mots de Louis Blanc : À chacun selon ses besoins ? Les besoins sont de plus d’un genre. Il y en a d’intellectuels comme de matériels, et Louis Blanc a toujours placé les premiers avant les seconds.

Louis Blanc a demandé sur tous les tons que toute la récompense du dévouement fût dans les moyens de prouver son dévouement, et, en cela, il est parfaitement d’accord avec vous, qui dites : À chacun selon son dévouement.

N’avez-vous pas lu d’excellents travaux de Vidal, ami de Louis Blanc, sur le développement des récompenses dues au dévouement ? C’est exactement le même thème. Que l’homme ne soit récompensé ni par l’argent ni par le privilège. Ces choses ne payent pas, ne sauraient payer le dévouement. Le plaisir de se dé-