Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/298

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Je faisais des yeux si terribles au pauvre Junius, qu’il perdit contenance et bégaya au lieu de répondre.

— Tenez, reprit Love, je le sais, ce qu’il vous a dit ; il me semble que je l’ai entendu, et que je peux vous le redire mot pour mot. Il dit que je n’ai pas de cœur, que je ne suis pas capable d’aimer, que je suis trop à mes parents et à mes études pour être digne de le comprendre et capable de le rendre heureux. N’est-ce pas cela ?

Et, comme Junius, de plus en plus interdit et troublé, ne trouvait rien à alléguer pour ma défense, elle ajouta :

— Si vous le revoyez à Clermont ou ailleurs, dites-lui, mon cher monsieur Black, que je l’ai aimé plus longtemps et mieux qu’il ne le méritait, puisqu’il n’avait pas confiance en moi, ou qu’il l’a perdue avant de vouloir se soumettre à l’épreuve du temps. Que sais-je à présent des autres amours qui ont rempli sa vie durant tant d’années ? J’aimais un jeune homme sans grand avoir et sans grande expérience, aussi naïf que moi à bien des égards, capable de comprendre par moments mes devoirs personnels et de partager un jour mon humble bonheur. À présent, Jean de la Roche est riche, instruit ; il doit connaître le monde, et la vie facile, et les amours que je ne comprends pas, et les femmes à belles paroles et à grandes pas-