Page:Sand - Lélia, édition Dupuy-Tenré, 1833, tome 2.djvu/325

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Mais il essaya vainement de s’endormir. À peine avait-il fermé les yeux qu’il voyait se dresser devant lui je ne sais quelles images incertaines et menaçantes. Bientôt une image plus distincte, plus terrible vint l’assaillir et le réveiller. Sténio avec ses blasphèmes, ses doutes impies, Sténio, qu’il avait laissé seul au bord du lac, il lui semblait le voir errer autour de sa couche et l’entendre recommencer ses questions injurieuses et cruelles pour tourmenter l’ame du pauvre prêtre. Magnus se souleva, et s’appuyant sur sa couche, la face appuyée sur ses genoux tremblans, il s’interrogea, comme pour la première fois, sur les desseins de Sténio. Pourquoi le poëte avait-il éloigné le témoin de ses angoisses ? Après avoir déchiré en lambeaux toutes les croyances enseignées par l’Église, après avoir fouillé d’un doigt sanglant et impitoyable toutes les blessures honteuses de son cœur, pourquoi avait-il renvoyé le prêtre ? Pour prier ? Oh non ! Sténio ne savait plus prier.