Page:Sand - La Coupe, Lupo Liverani, Garnier, Le Contrebandier, La Rêverie à Paris, 1876.djvu/244

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le courage de supporter cette affreuse idée, et de dérober à son mari le plaisir de contempler sa douleur ; elle se tourna vers Sneyders, qui s’était appuyé sur le dossier de son fauteuil d’un air à la fois niais et méchant et, saisissant son verre d’une main plus assurée :

— Si la confiance des Anversois dans leur gouverneur est si aveugle, dit-elle, c’est qu’apparemment ils le savent incapable d’une action lâche et d’un crime inutile.

En parlant ainsi, elle souleva son verre, et, comme elle rapprochait de celui de son mari, le son d’une guitare, accompagnée d’une voix triste et voilée, chanta en espagnol, sous la fenêtre, le refrain d’une des romances bien-aimées de Juana ; cette voix ne pouvait être méconnue un instant des deux personnes qui l’entendirent. Une expression de stupeur et de dépit se peignit sur la face rouge du gouverneur ; les yeux de Juana lancèrent un éclair de joie et de triomphe ; l’éclat de la santé reparut sur ses joues, et, frappant de son verre le verre de son mari :