Page:Sand - Laura - Voyages et impressions.djvu/212

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


aussi, nos cœurs, nos pensées, nos aspirations, nos organes.

Les Charmettes sont donc bien à moi à présent, avec cet agrément que d’autres en ont le soin et la responsabilité, et avec la certitude que l’on tient à les conserver telles qu’elles sont ; je sais dans quelle allée du jardin je trouverai les plantes que j’ai rapportées, je connais celles des terrains environnants, je sais les pierres du chemin, j’ai dans le cerveau la maison photographiée, je connais le dessin des dessus de porte du salon et les notes que chante encore l’épinette.

Mais de quoi me servirait d’avoir fait grande attention à tout, si je n’avais pas été ému par ce je ne sais quoi qui ne s’emporte pas matériellement, et qui seul donne de la valeur et de la vie aux choses emportées ?

C’était le 31 mai 1861, par une chaleur tropicale. La Savoie était un bouquet, toutes les neiges avaient fondu autour de Chambéry. Ce pays et ce moment de l’année sont si beaux par eux-mêmes, que, malgré moi, en touchant au but du pèleri-