Page:Sand - Laura - Voyages et impressions.djvu/30

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Laura ne parut pas y prendre garde, et entama à voix basse, au bout de la table, un dialogue en italien avec sa gouvernante. J’avais un peu étudié cette langue dans mes courts moments de loisir ; je prêtai l’oreille à plusieurs reprises, et je reconnus qu’il s’agissait entre elles d’une discussion sur la manière de conserver les pois verts. Je pris alors le dessus à mes propres yeux. Bien que Laura fût encore embellie, je me sentis indifférent à ses charmes, et je la quittai en lui disant intérieurement : « Si j’avais su que tu n’étais qu’une sotte petite bourgeoise, je ne me serais pas donné tant de peine pour te montrer de quoi je suis capable. »

Malgré cette réaction de mon orgueil, je me sentis fort triste au bout d’une heure, et comme accablé sous le poids d’une immense déception. Mon chef immédiat, le sous-aide conservateur, me vit assis dans un coin de la galerie, dans l’attitude brisée et avec la figure morne qui m’était habituelle l’année précédente.

― Qu’as-tu ? me dit-il. On dirait que tu te sou-