Page:Sand - Laura - Voyages et impressions.djvu/41

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peur en me voyant sur la pente d’un précipice étincelant au fond duquel des chatoiements mystérieux m’appelaient par la fascination du vertige.

― Lève-toi et ne crains rien, me dit Laura ; dans le pays où nous sommes, la pensée marche et les pieds suivent. Celui qui comprend ne saurait tomber.

Elle marchait en effet, la tranquille Laura, sur ces talus rapides qui plongeaient de toutes parts vers l’abîme, et dont la surface polie recevait l’éclat du soleil et le renvoyait en gerbes irisées. Le lieu était admirable, et je reconnus bientôt que j’y marchais avec autant de sécurité que Laura. Enfin elle s’assit sur le bord d’une petite brisure en me demandant avec un rire enfantin si je reconnaissais la place.

― Comment la reconnaîtrais-je ? lui dis-je. N’est-ce pas la première fois que je viens ici ?

― Tête légère ! reprit-elle, ne te souvient-il déjà plus d’avoir, l’année dernière, touché maladroitement la géode et de l’avoir laissée tomber sur le pavé de la galerie ? Un des cristaux a été ébréché,