Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/127

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COTTIN. — Ça serait faire perdre le respect aux autres.

PIERRE. — Bien dit ! Tu m’entends, et en voilà assez.

COTTIN. — Mais si ça te fâche que j’aille chez toi ?

PIERRE. — Non, tu y viendras quelquefois ; pas assez souvent pour qu’on croie que tu me trompes, assez souvent pour qu’on ne croie pas que j’ai été trompé. Je ne crains pas que ma femme me trahisse ; je saurai bien me faire aimer. Et puis le ménage, le travail, la famille… et toi, d’ailleurs…

COTTIN. — Moi ? Je serais pire qu’une bête si j’avais seulement dans l’idée… Tiens, je ne me souviens de rien, et c’est si vrai, qu’à partir d’aujourd’hui, mettons que nous avons rêvé ça et que ça n’est pas.

PIERRE. — C’est bien, Cottin ; tu viendras à ma noce ?

COTTIN. — Et si je lâche un mot, si je fais un œil dont tu ne sois pas content ce jour-là ou tout autre jour de ma vie, méprise-moi !

PIERRE. — Je suis content. Adieu, mon vieux !

COTTIN. — Bonjour, mon camarade.




SCÈNE III


Auprès de la haie de Jacques


JACQUES, RALPH.


RALPH. — Voici une lettre qui change mes projets. Ma femme est retenue à Paris par quelques affaires, elle ne sera que dans quatre jours à Lyon. J’ai donc le temps d’en passer encore deux avec vous, mon cher Jacques.

JACQUES. — C’est une bonne nouvelle pour moi. En ce cas, nous approfondirons le sujet que nous n’avons qu’effleuré hier soir : la famille.

RALPH. — Nous avons parlé de l’amour, mais au point de vue de la nature plus qu’à celui de la religion et de la société. Nous allons donc aborder ce vaste sujet. Nous n’au-