Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/136

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MARGUERITE. — Bien sûr qu’elle en a un !

MYRTO. — Eh bien, avec celui qu’elle a peut-être eu auparavant, ça fait deux.

MARGUERITE. — Ça ne regarde personne, ça ! Faut croire qu’elle est assez sage, puisqu’elle trouve à se marier avec un bon sujet.

MYRTO. — Ah ! elle se marie ? Êtes-vous contente de vous marier ?

MANICHE. — Ça ne me fait point de peine.

MARGUERITE. — Elle prend un beau mari, et comme elle n’est point déjetée non plus, ça nous amènera une bande de beaux enfants que nous verrons jouer comme ça sur la place, dans cinq ou six ans d’ici ! Pas vrai, Maniche ?

MANICHE. — Si le bon Dieu m’en fait la grâce !

MYRTO. — Tiens, ça ne vous fait plus rougir, ça, la belle ?

MARGUERITE — Et pourquoi donc que ça lui ferait honte ? C’est pour mettre des chrétiens sur la terre qu’on se marie.

MANICHE. — J’en voudrais avoir un tout pareil au tien ! un joli gars, et si mignon !

(Elle embrasse l’enfant.)

MYRTO, se levant. — À revoir, mes bonnes femmes !

UNE PAYSANNE. — Tiens ! on dirait que ça lui a remué le cœur, encore qu’elle soit bien effrontée, cette demoiselle !




SCÈNE V


À l’autre bout de la place du village


DAMIEN, EUGÈNE, MAURICE, PIERRE, COTTIN,

avec un chariot traîné par un gros cheval ; une douzaine de paysans les suivent et les entourent. Les gens du village sortent de chez eux pour les regarder. MYRTO s’approche aussi. GERMAIN arrive de son côté, avec

d’autres paysans.


MAURICE. — Halte ! Garde à vous ! En manœuvre ?

DAMIEN. — Allons donc, vous autres, vous n’entendez donc pas ?