Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/185

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MYRTO. — C’est vrai qu’il parlait de vous comme de quelque chose de supérieur à tout le monde ! Et ça m’ennuyait de ne pas pouvoir vous entendre causer sérieusement. Alors c’est par amitié pour Guérineau, c’est par principe d’honneur que vous n’avez pas voulu me faire la cour ?

FLORENCE. — Peut-être ! Cependant, au cas où vous eussiez été libre, il n’est pas encore certain que j’eusse cédé au désir de vous plaire.

MYRTO. — C’est que je ne vous plaisais pas ?

FLORENCE. — Je vous demande pardon. Vous étiez ravissante de fraîcheur et de beauté, et, de plus, votre figure m’était sympathique.

MYRTO. — Ah ! et à présent ?

FLORENCE. — À présent, vous êtes toujours très-jolie ; mais votre figure a pris une expression qui me plait moins.

MYRTO. — Quelle expression ?

FLORENCE. — Vous aviez déjà l’air très-hardi, il y a trois ans ; mais il y avait de l’irréflexion, de la spontanéité dans cette manière d’être. C’était encore de la jeunesse, par conséquent une sorte d’innocence. Aujourd’hui votre hardiesse est fébrile, maladive, volontaire ; c’est du parti pris et, par conséquent, de l’audace.

MYRTO. — Excusez ! comme il vous dit ça ! N’importe, on ne trouve pas tous les jours l’occasion d’entendre la vérité, et je veux l’attraper au vol. Voyons, dites tout. Puisqu’il y a trois ans je vous plaisais, pourquoi, en supposant que vous n’eussiez pas été l’ami vertueux de Guérineau, ne m’auriez-vous pas aimée ?

FLORENCE. — Oh ! dans ce cas-là, si j’avais été bien sûr de ne pas vous aimer, il est fort possible que je vous eusse fait la cour ; mais j’étais et je suis ainsi fait, que je ne sais guère posséder l’intimité d’un être de mon espèce sans m’attacher à lui, sans être porté à me dévouer sincèrement à lui et sans éprouver du regret quand je m’en sépare. Je vous aurais donc aimée malgré moi et j’en aurais bientôt souffert, bientôt rougi probablement.