Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/199

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RALPH. — Monsieur le curé ne sait rien, et, comme il est rigide et pur, il ne saura jamais rien de la femme ni de l’amour.

LE CURÉ. — Ah ! permettez cependant…

EUGÈNE. — Écoutez, écoutez, monsieur le curé réclame !

LE CURÉ. — Je connais le péché dans l’âme des autres, et c’est une triste connaissance.

RALPH. — Mais qui parle de péché ici ! L’amour est-il le péché, la femme est-elle serpent ?

LE CURÉ, souriant. — Elle est au moins sa cousine, et le péché est fils de la femme.

RALPH. — Non, curé ; la femme doit écraser la tête du serpent, et la prédiction des temps doit être accomplie.

MAURICE. — Voyons, voyons, monsieur Ralph ! Êtes-vous saint-simonien, êtes-vous fouriériste, êtes-vous manichéen, essénien, talapoin ? Êtes-vous pour le paradis de Mahomet ? pour…

RALPH. — Je suis chrétien, si vous voulez. Mais je ne me pique que d’être homme, et je dis que l’homme (non pas l’homme sauvage, que je ne considère pas comme un type complet, puisqu’il n’a pas subi la loi essentiellement constitutive de l’homme, la loi du progrès), l’homme vrai, l’homme civilisé, moral, intelligent, ne doit avoir qu’une femme, et que la fidélité est l’idéal, par conséquent la vraie loi de l’amour.

EUGÈNE. — Écoutons ! Ce don Juan m’intéresse !

RALPH. — Oh ! je ne parlerai pas longtemps ; ce n’est pas mon habitude, et surtout je ne discuterai pas ; je ne discute jamais, c’est du temps perdu presque toujours. Je sais tout ce qu’on peut dire contre la pratique de mon idéal dans le temps de désordre et de corruption où nous vivons. Je parle d’un idéal, et du moment qu’un homme sincère et raisonnable a pu le saisir et le savourer, un temps doit venir où tous les hommes cueilleront enfin le fruit de la vérité à l’arbre de la science.

MAURICE. — Vous avez saisi votre idéal, vous ? Ah ! diable !

RALPH. — Oui, et ici se terminera ma démonstration.