Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/249

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mieux à espérer de vous, vous m’avez encore consolée en me disant : « Je reviendrai à minuit, je vous en donne ma parole d’honneur, et je vous conduirai au premier relais de votre voyage. » Alors, moi, que voulez-vous ? j’ai espéré ! Oui, j’ai espéré vous séduire, surprendre votre amour, et je crois que je serais devenue tout de suite digne de le conserver. C’était un mauvais moyen, je le reconnais ; il fallait commencer par le mériter, et cela ne se peut pas tout d’un coup ! Ce n’est pas de se donner qui rend digne d’être aimée. Hélas ! pour une femme comme moi, ce n’est pas un sacrifice ; on ne lui en sait aucun gré ! Oui, oui, j’étais folle, et on a le droit de me le faire sentir cruellement ! Mais à présent, je ne le suis plus ; je comprends, je me rends justice. Tenez, je me relève ; je sens que j’en ai le droit à mon tour, et que je peux vous tendre la main en vous disant : Florence, je serai heureuse de votre amitié ; je vous la redemande, et, cette fois, j’en sens assez le prix pour ne plus vouloir la perdre par les avances d’une folle passion.

FLORENCE. — Eh bien, Céline, voici ma main en témoignage d’estime et de respect. Je retrouve pour vous les sentiments qu’une femme doit préférer aux promesses d’une affection dont la pureté peut toujours sembler douteuse. Le respect, Céline, il ne s’est jamais effacé pour vous de mon cœur, parce que vous êtes une femme, et que ce doit être un caractère indélébile pour l’homme né de la femme. Toutes mes duretés envers vous, tous mes reproches s’adressaient à l’être factice que la corruption du siècle avait mis à votre place ; mais vos traits si nobles, en dépit de l’ivresse de votre cerveau, mais votre forme si pure, cette création de Dieu dont il ne nous appartient pas de détruire le type, mais votre rang dans la nature, ce rang sacré que vous avez toujours le droit de reprendre si vous en sentez l’importance et la dignité ; tout cela, je l’ai toujours respecté en vous et malgré vous ! Faites que ce respect n’ait plus à lutter contre vos actions et qu’il s’empare de mon âme comme un devoir facile et doux. Si vous ne le voulez pas, je garderai