Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/270

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Jenny ! Sais-tu que tu m’inquiètes ? Tu ne te sens donc pas mieux.

JENNY. — Je suis tout à fait bien, madame, je vous assure.

DIANE. — Mais comment cela t’a-t-il pris ?

JENNY. — Je ne sais pas du tout ; j’étais tranquille, je riais, et, tout d’un coup, j’ai senti un étouffement, un vertige…

DIANE. — Et il était là, lui ? Il t’a secourue ?

JENNY. — Je crois que oui ; mais à vous dire vrai, je n’en sais rien, je me rappelle cela très-confusément.

DIANE. — C’est singulier, cela ! Depuis deux jours, je te trouve toute changée. Tu ne peux pas guérir de ton chagrin ? Oui, je vois ce que c’est. Depuis deux jours, on ne fait ici que parler d’amour, de passion, de caprice, de jalousie… Tout cela te rappelle le passé et t’excite l’imagination. Il faut pourtant bien que tu oublies ton Gustave, à la longue !

JENNY. — Je ne suis pas pressée d’oublier que l’amour rend malheureux.

DIANE. — Bah ! tu crois ça ? On est heureux quand on le veut ! Tiens, je veux me lever, voir le soleil, aller au jardin, dans la serre. Tu penseras, toi, à notre petit souper de ce soir ! Tu en seras, ça te distraira.

JENNY. — J’en serai ?… Ah ! oui, je vous servirai.

DIANE. — Non. Tout sera servi d’avance et de manière à ce que personne n’ait à se déranger. Je ne veux pas de domestiques. Nous les enverrons souper et se divertir entre eux. Toi, tu feras les honneurs de la table, et Florence fera les honneurs de la serre. Comme cela, il sera avec nous, tout naturellement. Cela ne scandalisera ni Jacques, ni les artistes qui, à ce qu’il paraît, l’invitent à dîner chez eux. Ils ont bien raison, et quand on est comme lui, on fait honneur à la meilleure compagnie. Eh bien, tu ne m’écoutes pas ?

JENNY. — Je vous écoute d’une oreille, et j’ai dans l’autre ce que monsieur Gérard me disait de vous, hier. Ah ! madame, il vous aime tant, lui !